Histoire · Mosquée Hassan II
Histoire et architecture de la Mosquée Hassan II
Comment une mosquée a été bâtie sur l'océan Atlantique, comment 10 000 artisans marocains l'ont construite en 7 ans, pourquoi son minaret est le plus haut du monde, et ce que son toit rétractable a d'unique. Le récit complet du chantier qui a fait du monument un symbole national.
Le vœu d'un roi
Tout commence en 1980. Le 9 juillet, jour de son 51e anniversaire, le roi Hassan II prononce un discours qui restera dans l'histoire architecturale du Maroc. Il annonce vouloir bâtir, à Casablanca, une grande mosquée à la hauteur de la stature du royaume dans le monde musulman. Le roi cite explicitement le verset 11:7 du Coran : « et son trône était sur l'eau ». De cette référence coranique naît l'exigence centrale du projet : la mosquée devra être construite, au moins en partie, sur l'océan Atlantique.
Le choix de Casablanca n'est pas anodin. La capitale économique du Maroc compte déjà 2 millions d'habitants en 1980 mais elle est dépourvue de grand monument religieux. Hassan II veut combler ce manque, créer un point d'ancrage spirituel à la mégapole en pleine expansion, et marquer le paysage urbain depuis l'océan. Le site retenu : un terrain de la corniche d'Aïn Diab, sur les rochers où venait autrefois la piscine municipale.
Le défi technique
Bâtir une mosquée monumentale sur l'océan pose des problèmes d'ingénierie jamais rencontrés au Maroc. Les fondations doivent résister :
- Aux marées atlantiques, qui peuvent atteindre 3 mètres d'amplitude.
- Aux tempêtes hivernales, avec des vagues de 6 à 8 mètres en moyenne.
- À la corrosion saline qui ronge le béton et l'acier en zone littorale.
- Aux séismes : Casablanca est en zone de sismicité modérée.
La maîtrise d'œuvre est confiée au cabinet français Bouygues, déjà impliqué dans plusieurs grands chantiers au Maroc. Les ingénieurs choisissent une dalle de béton armé de 200 mètres de long et 70 mètres de large, ancrée dans le rocher granitique du fond marin par des pieux profonds. Une partie de la dalle est immergée à marée haute, ce qui crée l'effet visuel recherché par le roi : la mosquée semble flotter sur l'eau.
L'architecte : Michel Pinseau
Le roi choisit l'architecte français Michel Pinseau (1924-1999), installé au Maroc depuis les années 1960. Pinseau avait déjà signé plusieurs réalisations importantes au royaume, notamment la Hilton de Rabat et plusieurs ambassades. Il connaît parfaitement les codes esthétiques marocains et sait travailler avec les artisans locaux. Son défi : concilier la tradition architecturale islamique (mihrab, salle hypostyle, minaret carré, zelliges, plâtre sculpté) avec des prouesses techniques modernes (toit rétractable, sol chauffant, ventilation contrôlée, éclairage théâtral).
Pinseau dessine une mosquée hispano-mauresque classique dans ses proportions, mais dotée d'innovations spectaculaires. Le plan en croix latine inversée oriente l'axe principal vers La Mecque, à 4 700 kilomètres au sud-est. Le minaret carré de 210 mètres rompt avec la silhouette habituelle des minarets marocains (en général 60 à 80 mètres). Une coupole centrale, sept portes monumentales, des galeries hypostyles tout autour : la mosquée se veut un manifeste de l'art islamique marocain.
Sept ans de chantier, 10 000 artisans
Le premier coup de pioche est donné le 12 juillet 1986. Le chantier s'étalera sur 7 ans. Au plus fort de l'activité, en 1991-1992, ce sont jusqu'à 35 000 ouvriers et 10 000 artisans spécialisés qui travaillent en simultané. Les corps de métier sont innombrables :
- Tailleurs de zellige de Fès pour les 67 000 m² de carreaux émaillés posés à la main.
- Sculpteurs de plâtre de Tétouan pour les motifs en stuc ciselés sur les arcs et les coupoles intérieures.
- Ébénistes du Moyen Atlas pour les plafonds en bois de cèdre de l'Atlas, sculptés et peints à la main.
- Dinandiers de Marrakech pour les portes monumentales en cuivre et bronze, ainsi que les lustres en cristal de Murano montés sur structures métalliques.
- Marbriers pour la pose des 20 000 m² de marbre, dont une grande partie vient de Carrare (Italie) tandis que le reste est extrait des carrières marocaines (Agadir, Tafraoute).
Le coût total du chantier est estimé à 5 milliards de dirhams de l'époque, soit environ 600 millions d'euros actuels. Une grande partie du financement provient d'une souscription nationale lancée en 1988 : 12 millions de Marocains contribuent en achetant des actions symboliques de 100 à 1 000 dirhams. Cette dimension populaire est centrale dans le statut patrimonial du monument : ce n'est pas une commande royale solitaire, c'est une œuvre collective nationale.
Les records mondiaux et particularités
Minaret
210 mètres
Le plus haut minaret du monde (rayon laser de 30 km vers La Mecque la nuit).
Capacité
25 000 fidèles à l'intérieur
Plus 80 000 sur l'esplanade extérieure, soit 105 000 au total.
Inauguration
30 août 1993
Par le roi Hassan II, pour le 60e anniversaire de son règne.
Construction
7 ans (1986-1993)
Architecte : Michel Pinseau. 10 000 artisans marocains mobilisés.
Surface couverte
20 000 m²
Une partie de la mosquée est bâtie sur l'océan Atlantique.
Toit
Rétractable
Le toit de la salle de prière s'ouvre en 3 minutes (1100 tonnes).
Sol
Marbre chauffant
Plancher chauffé pour le confort des fidèles en hiver.
Statut
Seule mosquée du Maroc ouverte aux non-musulmans
Visites guidées à horaires fixes uniquement, hors prières.
L'inauguration : 30 août 1993
La Mosquée Hassan II est inaugurée le 30 août 1993, à la veille du Mawlid (anniversaire du Prophète Mahomet) et pour le 60e anniversaire de Hassan II. Des chefs d'État musulmans, des dignitaires religieux et des délégations diplomatiques du monde entier sont invités. La cérémonie est retransmise en direct par toutes les chaînes nationales marocaines. À l'époque, c'est la deuxième plus grande mosquée du monde après celle de La Mecque, et la première d'Afrique.
Depuis, plusieurs nouvelles mosquées géantes ont été construites (Mosquée du Sheikh Zayed à Abu Dhabi, Mosquée de Cologne, Mosquée Faisal d'Islamabad) qui l'ont fait reculer dans les classements en termes de surface. Mais Hassan II conserve quelques records irréductibles : le minaret le plus haut au monde, le seul toit de mosquée rétractable, la seule mosquée bâtie en partie sur l'eau d'un océan.
Le statut patrimonial actuel
La Mosquée Hassan II est inscrite sur tous les passeports marocains depuis 1995, sur le billet de 200 dirhams, et sur de nombreux timbres-poste commémoratifs. Elle reçoit chaque année plus de 2 millions de visiteurs, dont environ 500 000 touristes étrangers. C'est l'un des trois sites les plus visités du Maroc avec la place Jemaa el-Fna de Marrakech et la médina de Fès.
Le complexe abrite également une école coranique (Madrasa), une bibliothèque de 50 000 volumes, un musée des civilisations islamiques, et un hammam royal jamais ouvert au public (sauf visites guidées touristiques). Des cours de calligraphie arabe et de récitation coranique sont organisés tout au long de l'année. La mosquée reste avant tout un lieu de culte vivant : la grande prière du vendredi rassemble jusqu'à 80 000 fidèles sur l'esplanade.
Quoi voir d'autre dans le quartier ?
L'esplanade panoramique de la mosquée est en accès libre 24 heures sur 24 et offre une vue spectaculaire sur l'océan. À 10 minutes à pied, la corniche d'Aïn Diab concentre les restaurants de poisson, les terrasses de café et les piscines de plage. À 15 minutes en taxi, le quartier des Habous (nouvelle médina construite par les Français dans les années 1930) abrite les meilleurs pâtissiers de Casablanca. À 20 minutes, le centre-ville Art déco classé par l'association Casamémoire mérite une demi-journée à lui seul.
Questions fréquentes
Le minaret de la Mosquée Hassan II culmine à 210 mètres, ce qui en fait le plus haut minaret du monde. Il émet la nuit un rayon laser vert pointé vers La Mecque, visible jusqu'à 30 kilomètres de distance.
