Musique et danse traditionnelle au Maroc : guide complet pour les mélomanes et les curieux
Le Maroc est un pays où la musique et la danse sont omniprésentes. Elles accompagnent chaque moment de la vie — des mariages aux moussems (fêtes patronales), des soirées de Ramadan aux célébrations agricoles. Carrefour entre l'Afrique subsaharienne, le monde arabe et la Méditerranée, le Maroc a développé un patrimoine musical d'une richesse exceptionnelle. Ce guide vous emmène à la découverte des grandes traditions musicales marocaines, avec des recommandations de festivals, de lieux de spectacle et d'écoles de musique.
La musique gnaoua : transe et spiritualité
Origines et histoire
La musique gnaoua est née de la rencontre entre les traditions spirituelles de l'Afrique subsaharienne et le soufisme marocain. Ses racines remontent aux esclaves originaires du Soudan, du Mali, du Ghana et de Guinée, déportés au Maroc entre le XVIe et le XIXe siècle. Ils ont conservé leurs rythmes, leurs chants et leurs rituels de possession (la lila ou derdeba), qu'ils ont fusionnés avec le mysticisme musulman.
Le gnaoua se caractérise par le son hypnotique du guembri (une basse à trois cordes fabriquée à partir d'un tronc évidé recouvert de peau de dromadaire), les claquements métalliques des qraqeb (castagnettes en fer) et les chants incantatoires en arabe dialectal mêlé de mots d'origine subsaharienne.
Les maîtres gnaouis (maalems)
Les grands maîtres gnaouis sont des figures respectées qui détiennent un savoir initiatique transmis oralement. Parmi les plus célèbres :
- Maalem Mahmoud Guinea (décédé en 2015) : originaire d'Essaouira, considéré comme le plus grand virtuose du guembri de tous les temps.
- Maalem Hamid El Kasri : basé à Kénitra, connu pour ses collaborations internationales.
- Maalem Hassan Boussou : héritier de la tradition de Marrakech.
- Maalem Mustapha Bakbou : gardien de la tradition gnaoua d'Essaouira.
Le Festival Gnaoua d'Essaouira
Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d'Essaouira est l'événement musical le plus célèbre du Maroc. Créé en 1998, il rassemble chaque année en juin des centaines de milliers de spectateurs venus du monde entier. Pendant quatre jours, la ville vibre au son du guembri et des fusions entre gnaoua et jazz, rock, blues, reggae ou musique électronique.
Infos pratiques :
- Période : juin (dates variables)
- Lieu : scènes en plein air dans la médina et sur la plage d'Essaouira
- Accès : gratuit pour les scènes principales
- Hébergement : réservez au moins 2 mois à l'avance, les riads affichent complet rapidement
Où écouter du gnaoua toute l'année
- Essaouira : la place Moulay Hassan accueille régulièrement des musiciens gnaouis. Plusieurs riads organisent des soirées gnaoua privées.
- Marrakech : la place Jemaa el-Fna est le lieu par excellence pour écouter du gnaoua spontané chaque soir. Le restaurant-bar Kechmara organise aussi des concerts.
- Casablanca : le Boultek et le Studio des Arts Vivants programment régulièrement des concerts gnaoua.
La musique arabo-andalouse : élégance et raffinement
Un héritage de l'Espagne musulmane
La musique arabo-andalouse est l'héritage musical de l'Andalousie médiévale, rapporté au Maroc par les musulmans et les juifs expulsés d'Espagne aux XVe et XVIIe siècles. Elle représente la forme la plus savante et la plus codifiée de la musique marocaine.
L'ensemble andalou traditionnel comprend le oud (luth arabe), le rebab (vièle à deux cordes), le qanoun (cithare), le violon, la derbouka et le tar (tambourin). La pièce maîtresse du répertoire est la nouba, une suite musicale complexe organisée en cinq mouvements de rythmes progressivement accélérés.
Les trois écoles marocaines
Le Maroc possède trois grandes traditions arabo-andalouses, chacune héritière d'une ville andalouse :
- L'école de Fès (al-Ala) : la plus ancienne et la plus conservatrice, héritière de Cordoue. Elle préserve 11 noubas complètes sur les 24 originales.
- L'école de Tétouan-Tanger (al-Ala du Nord) : influencée par Grenade. Plus ornementée et lyrique que l'école fassie.
- L'école de Rabat-Salé (Gharnati) : héritière de Grenade également, avec des influences distinctes. Le gharnati se distingue par son caractère plus intimiste.
Où écouter de la musique andalouse
- Fès : le Festival des Musiques Sacrées du Monde (juin) programme systématiquement des orchestres andalous. L'association Ahl Fas donne des concerts réguliers dans les palais de la médina.
- Tétouan : le conservatoire de musique et la maison de la culture accueillent des concerts mensuels.
- Rabat : le Théâtre Mohammed V et la villa des Arts programment régulièrement des orchestres gharnati.
- Chefchaouen : le festival Alegria propose des concerts d'andalou dans le cadre enchanteur de la ville bleue.
Prix des concerts :
- Festival (accès général) : gratuit à 200 MAD
- Concert privé dans un riad : 200–500 MAD (avec dîner)
- Cours de oud ou violon andalou : 150–300 MAD/heure
La musique amazighe : la voix de l'Atlas et du Rif
Les trois grandes traditions
La musique amazighe (berbère) est aussi diverse que les paysages du Maroc. On distingue trois grandes traditions :
Ahwash (Haut Atlas et Anti-Atlas) : une forme de chant et danse collective qui rassemble hommes et femmes dans un cercle ou deux rangées face à face. Les percussions (bendir, tallunt) donnent le rythme, tandis que les chants polyphoniques alternent entre un soliste et le chœur. L'ahwash est intimement lié aux célébrations agricoles (moissons, mariages, fêtes de village).
Ahidous (Moyen Atlas) : similaire à l'ahwash mais propre aux Amazighes du Moyen Atlas. Les danseurs et danseuses, épaule contre épaule, forment un cercle serré et marquent le rythme en frappant des pieds tout en chantant. Le bendir (grand tambour sur cadre) est l'instrument central.
Reggada (Rif et Oriental) : danse guerrière originaire de la région de Nador et Berkane. Les danseurs, en tenue traditionnelle, simulent des mouvements de combat avec des fusils. Le rythme est rapide et entraînant, porté par des gasba (flûtes en roseau) et des tambours.
Les Rways : poètes musiciens du Souss
Les Rways sont des troupes de musiciens-poètes itinérants de la région du Souss (Agadir, Taroudant, Tiznit). Leur musique, jouée au ribab (vièle monocorde), au lotar (luth) et aux percussions, accompagne des poèmes en tachelhit qui traitent de l'amour, de l'exil, de la sagesse et de l'actualité sociale. Le grand maître Rways El Haj Belaid reste une légende de cette tradition.
Festivals amazighes
- Festival Timitar (Agadir) : en juillet, ce grand festival gratuit célèbre la musique amazighe sous toutes ses formes, avec des artistes locaux et internationaux.
- Festival Ahidous (Aïn Leuh, Moyen Atlas) : en août, au cœur des forêts de cèdres.
- Festival international d'Ahwash (Ouarzazate) : en automne, rassemble les meilleures troupes du sud marocain.
- Moussem des fiançailles d'Imilchil : en septembre, cette fête annuelle est l'occasion d'assister à des performances spectaculaires d'ahidous.
Le chaabi et le malhoun : musique populaire et poésie
Le malhoun : la poésie chantée de Meknès
Le malhoun est un art poétique et musical né dans les corporations artisanales des villes impériales, notamment Meknès, au XVIIe siècle. Les poèmes, composés en arabe dialectal, traitent de l'amour mystique, de la sagesse, de la beauté féminine et de la vie quotidienne. Ils sont chantés sur des mélodies subtiles, accompagnés du oud, du swissi (petite mandoline) et de la percussion.
Où découvrir le malhoun :
- Meknès : la capitale historique du malhoun. L'association Malhoun de Meknès organise des soirées mensuelles.
- Fès et Marrakech : les zaouias (confréries soufies) accueillent des concerts de malhoun lors des moussems.
- Festival du Malhoun (Meknès) : organisé annuellement, il réunit les meilleurs interprètes du genre.
Le chaabi : la musique du peuple
Le chaabi (littéralement « populaire ») est le genre musical le plus écouté au Maroc. Né dans les quartiers populaires des grandes villes, il puise ses racines dans le malhoun mais l'adapte à des sonorités plus modernes avec des orchestres amplifiés. Le chaabi est la musique incontournable des mariages, des fêtes et des célébrations.
Artistes emblématiques :
- Daoudi : le roi du chaabi moderne, remplissant des stades entiers.
- Hajib : poète-chanteur qui mêle chaabi et engagement social.
- Said Senhaji : voix puissante et style énergique.
Le chaabi se vit surtout lors des mariages marocains, véritables concerts privés où un orchestre de 5 à 15 musiciens joue pendant toute la nuit.
Le raï : l'esprit rebelle de l'Oriental
Oujda, capitale du raï marocain
Le raï, né dans l'ouest algérien (Oran), a trouvé un terreau fertile dans l'Oriental marocain, notamment à Oujda. Le raï marocain, tout en partageant les mêmes racines que son cousin algérien, a développé sa propre identité avec des artistes comme Cheb Mimoun et Cheb Douzi.
Oujda accueille chaque année le Festival international du raï (généralement en septembre), qui attire des artistes de tout le Maghreb et au-delà. La musique résonne dans les cafés, les restaurants et les places publiques de la ville.
Caractéristiques musicales
Le raï se caractérise par des mélodies envoûtantes chantées en arabe dialectal maghrébin, accompagnées de synthétiseurs, de derbouka, de guitare et de flûte. Les thèmes abordent l'amour, la liberté, l'exil et les défis de la vie quotidienne.
La dakka marrakchia : le rythme de Marrakech
La dakka marrakchia est une forme percussive collective née dans les quartiers de Marrakech. Un groupe de 20 à 50 percussionnistes joue simultanément sur des tbel (grands tambours) et des taarija (petits tambours en terre cuite), créant un mur de son hypnotique et envoûtant.
Traditionnellement associée aux célébrations de l'Achoura, la dakka marrakchia est aussi présente dans les mariages et les festivals. Le spectacle visuel est aussi impressionnant que le son : les musiciens effectuent des mouvements synchronisés tout en jouant.
Où voir la dakka marrakchia :
- Place Jemaa el-Fna : des groupes se produisent presque chaque soir.
- Festivals : le Marrakech du Rire et le Festival des Arts Populaires programment régulièrement des troupes de dakka.
- Mariages : si vous êtes invité à un mariage marrakchi, vous assisterez probablement à une performance.
Apprendre la musique traditionnelle au Maroc
Écoles et conservatoires
- Conservatoire de musique de Fès : fondé en 1946, il enseigne la musique arabo-andalouse, le oud, le violon et les percussions.
- Conservatoire de Tétouan : spécialisé dans la musique andalouse du nord.
- Dar Adyel (Fès) : centre culturel proposant des cours de oud, de chant andalou et de percussion.
- Centre Gnaoua de Marrakech : stages d'initiation au guembri et aux rythmes gnaoua.
Stages et ateliers pour visiteurs
Plusieurs structures proposent des ateliers courts (de quelques heures à une semaine) accessibles aux touristes :
- Stage guembri (Essaouira) : 3 à 5 jours avec un maalem. Comptez 500–1 500 MAD pour un stage complet.
- Atelier percussions (Marrakech) : 2h d'initiation à la derbouka et au bendir pour 200–400 MAD.
- Cours de oud (Fès ou Rabat) : leçons individuelles de 1h à 2h, 150–300 MAD par séance.
- Stage chant andalou (Tétouan) : initiation sur 3 jours, environ 800–1 200 MAD.
Calendrier des grands festivals de musique au Maroc
| Festival | Ville | Période | Genre |
|---|---|---|---|
| Festival Gnaoua | Essaouira | Juin | Gnaoua et fusions |
| Festival des Musiques Sacrées | Fès | Juin | Musiques spirituelles du monde |
| Festival Timitar | Agadir | Juillet | Musique amazighe |
| Festival Mawazine | Rabat | Juin | Musiques du monde et pop |
| Festival international du raï | Oujda | Septembre | Raï et musique de l'Oriental |
| Festival du Malhoun | Meknès | Variable | Poésie chantée |
| Festival Alegria | Chefchaouen | Juillet | Andalou et musiques du Nord |
| Festival des Arts Populaires | Marrakech | Juillet | Danses et musiques traditionnelles |
| Moussem d'Imilchil | Imilchil | Septembre | Ahidous et traditions amazighes |
| Festival Taragalte | M'Hamid el Ghizlane | Octobre | Musique du désert |
Conseils pratiques
Respecter les traditions
La musique gnaoua et certaines danses amazighes ont une dimension spirituelle et sacrée. Lors des cérémonies de lila (nuits gnaoua), il convient de :
- Demander la permission avant de filmer ou photographier.
- Ne pas interrompre les rituels.
- Participer avec respect si on vous y invite.
Budget musique et spectacles
| Expérience | Prix indicatif |
|---|---|
| Concert gnaoua (place publique) | Gratuit |
| Soirée gnaoua privée (riad) | 200–500 MAD |
| Spectacle folklorique (restaurant) | 100–300 MAD (avec repas) |
| Festival (accès général) | Gratuit à 500 MAD |
| Cours de musique (1h) | 150–300 MAD |
| Stage intensif (3–5 jours) | 500–1 500 MAD |
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