Histoire et patrimoine
Le Palais El Badi fut édifié à la fin du XVIe siècle par le sultan saadien Ahmed al-Mansour, peu après sa victoire contre les Portugais lors de la bataille des Trois Rois en 1578. Financé en grande partie par les rançons et par l'or rapporté de l'empire songhaï conquis au sud du Sahara, il devait incarner la puissance et le raffinement de la dynastie saadienne alors à son apogée. Son nom, qui signifie "l'Incomparable", traduisait bien l'ambition démesurée de ce chantier pharaonique, qui mobilisa pendant des années les meilleurs artisans et des matériaux venus de toute la Méditerranée.
Moins d'un siècle plus tard, le sultan alaouite Moulay Ismaïl fit méthodiquement démanteler le palais pour récupérer ses marbres, ses zelliges et ses matériaux précieux afin d'embellir sa nouvelle capitale, Meknès. Ce qui subsiste aujourd'hui n'est donc qu'une silhouette dépouillée de son décor d'origine, mais cette grandeur en ruine fait justement tout le charme et l'émotion du lieu. Le contraste entre la modestie des vestiges et le faste légendaire que décrivent les chroniques nourrit l'imagination du visiteur.
Que voir sur place
Le visiteur découvre une immense esplanade rectangulaire organisée autour d'un grand bassin central, encadré de jardins en contrebas plantés d'orangers et d'agrumes. Les hautes murailles de pisé, où nichent de nombreuses cigognes, offrent un cadre saisissant, surtout en fin de journée quand la lumière rasante dore les remparts. On peut monter sur les terrasses aménagées pour profiter d'un panorama dégagé sur les toits de la médina, les jardins et la chaîne de l'Atlas au loin.
Le site abrite également un trésor discret : le minbar de la mosquée Koutoubia, chef-d'œuvre de menuiserie et de marqueterie réalisé à Cordoue au XIIe siècle, aujourd'hui soigneusement conservé et exposé dans une salle dédiée. Les anciennes salles souterraines, les vestiges des pavillons et les profonds bassins d'agrément complètent agréablement la visite et révèlent l'organisation passée des lieux.
Architecture
Malgré son état de ruine, El Badi laisse deviner le faste d'origine : marbre d'Italie, onyx, feuilles d'or, stucs finement ciselés et plafonds peints ornaient autrefois les pavillons d'apparat. Les bassins et les jardins creusés en contrebas témoignent d'une maîtrise hydraulique remarquable, héritée de l'art andalou et marocain, qui permettait d'irriguer et de rafraîchir l'ensemble. L'échelle monumentale de la cour, l'une des plus vastes du Maroc, donne encore aujourd'hui une idée précise de la démesure voulue par al-Mansour pour impressionner ses hôtes et ses ambassadeurs.
Conseils de visite
Noté 4,2/5 par plus de dix mille visiteurs sur Google, le palais se visite idéalement en matinée ou en fin d'après-midi pour éviter la chaleur et profiter d'une belle lumière sur les murs ocre. Prévoyez un chapeau, des lunettes et de l'eau, car l'esplanade offre très peu d'ombre. L'entrée est payante, tarif à confirmer sur place. Comptez environ une heure de visite, davantage si vous souhaitez flâner sur les terrasses, observer les cigognes et profiter du calme inhabituel de ce vaste espace en plein centre historique.
Comment s'y rendre
Le Palais El Badi se situe dans le quartier de la Kasbah, au sud de la médina de Marrakech, à proximité immédiate du Palais de la Bahia et des Tombeaux Saadiens, ce qui permet d'enchaîner facilement ces trois sites majeurs. Depuis la place Jemaa el-Fna, comptez une quinzaine de minutes à pied à travers les ruelles animées, ou un court trajet en petit taxi. Adresse : Ksibat Nhass, Marrakech 40000.













